France sans armes nucléaires

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Etienne Godinot

Le péril causé par les armes nucléaires

mardi 27 décembre 2011, par Etienne GODINOT

Le nucléaire civil …

L’énergie nucléaire est une énergie du passé :
- Elle repose sur l’extraction d’uranium, une ressource fossile limitée (dont la France ne dispose d’ailleurs pas sur son territoire)
- Elle est dangereuse (Three Misle Island, Tchernobyl, Fukushima)
- Elle est ruineuse ( les coûts réels sont très supérieurs aux coûts prévus, par ex. ITER ou EPR, les coûts de démantèlement des centrales seront faramineux)
- C’est une fuite en avant : on ne sait pas quoi faire des déchets…

…ne doit pas nous faire oublier le nucléaire militaire

Mais Fukushima ne doit pas nous faire oublier Hiroshima : l’arme nucléaire est intrinsèquement immorale, et elle est infiniment plus dangereuse que l’énergie nucléaire. L’enjeu de l’arme nucléaire n’est pas d’abord militaire ; il est certes politique et culturel, mais il est en premier lieu philosophique et spirituel. Il est existentiel.

L’arme nucléaire

L’arme nucléaire pose la question de la poursuite de l’aventure humaine. La menace de l’arme nucléaire, qui implique par elle-même le consentement au meurtre de millions d’innocents, est le reniement de toutes les valeurs qui constituent la civilisation.

Une arme politique…

La bombe atomique a été larguée sur Hiroshima par le Président Truman davantage pour impressionner les Soviétiques que pour mettre fin à la guerre : les services secrets américains avaient appris que l’empereur du Japon voulait capituler.

Pour le général de Gaulle, l’arme atomique est conçue comme l’instrument de la grandeur politique de la France.

Emploi, menace de l’emploi

Certes, par elle-même, la dissuasion n’est pas l’emploi, mais elle est l’emploi de la menace, et l’emploi de la menace comporte directement la menace de l’emploi. Dès lors que l’emploi de l’arme nucléaire serait un crime contre l’humanité, la menace de l’emploi est déjà criminelle.

Une arme de dissuasion, faite pour ne pas être utilisée…

Cependant, la menace de l’emploi veut être dissuasive, c’est-à-dire qu’elle a pour finalité de conduire l’adversaire potentiel à renoncer à décider d’attaquer. L’intention de l’emploi semble perdre son caractère criminel, dès lors que ce que recherche celui qui l’exprime, c’est de ne pas avoir à passer à l’acte.

Quelle rationalité ?

« Mais c’est supposer que la rationalité domine les comportements guerriers, ce qui est contredit en permanence par la réalité des guerres. Certes, il existe une part rationnelle dans les logiques guerrières. Mais celle-ci est subordonnée et le plus souvent débordée par une pression émotionnelle qui peut être au service de buts barbares. Ainsi la solution finale nazie était un modèle de rationalité managériale, tout comme le fut la construction des arsenaux nucléaires de tous les pays possesseurs de la bombe ».

La conscience tranquille…

Puisque la bombe est faite pour ne pas servir, le décideur nucléaire a la conscience tranquille. Ni la méchanceté, ni la haine, qui alimentent d’ordinaire le désir du meurtre, n’animent la menace de l’emploi de l’arme nucléaire. Là se trouve le paradoxe de la dissuasion nucléaire.

L’intention de commettre le crime absolu

Au coeur de ce paradoxe, il y a l’immoralité absolue de l’intention de commettre le crime absolu. Il est en outre insensé de prendre, pour se défendre, le risque de se détruire. Seuls l’aveuglement, l’irresponsabilité et l’inconscience peuvent expliquer l’accommodement qui unit les décideurs et les citoyens.

Un terrorisme d’État

La logique de la dissuasion implique que les décideurs politiques soient fermement déterminés à passer à l’acte. La menace nucléaire s’apparente directement à la prise d’otage d’une population civile. Les idéologues ont construit une représentation irénique de la dissuasion nucléaire totalement éloignée de la réalité guerrière de la menace des bombes nucléaires et de leur emploi potentiel.

La dissuasion nucléaire, inefficace

Durant la Guerre froide, dans le scénario envisagé lors d’une confrontation armée avec l’Union Soviétique, l’emploi des armes nucléaires françaises contre les armées du Pacte de Varsovie n’aurait pas manqué de déclencher les représailles nucléaires massives de l’adversaire qui auraient provoqué la destruction de la France. Le décideur soviétique pouvait donc parier rationnellement sur l’irrésolution du décideur français à employer des armes qui provoqueraient la destruction de son pays.

Valéry Giscard d’Estaing, imaginant durant la guerre froide un scénario d’invasion massive des forces soviétiques en direction de l’Europe de l’Ouest, écrit : « Une conclusion se fait jour peu à peu : ni de loin, où je suis, ni sur le terrain, où se situent les responsables militaires, la décision d’employer l’arme nucléaire tactique n’apparaît opportune. ( …) Quoi qu’il arrive je ne prendrai jamais l’initiative d’un geste qui conduirait à l’anéantissement de la France. »

Il est facile d’élaborer en chambre et de proclamer sur une estrade une rhétorique vantant les mérites de la dissuasion nucléaire. Mais lorsque survient le moment du passage à l’acte, il apparaît clairement que la rhétorique n’a aucune prise sur la réalité. Les réflexions de Giscard d’Estaing montrent que le passage à l’acte est véritablement impensable, inconcevable, inimaginable, irréaliste et, surtout, qu’il serait irresponsable.

Les leçons de l’histoire

Le mur de Berlin n’a pas été détruit par les armes de l’Occident. Pour l’essentiel, il s’est effondré sous la pression de la résistance non-violente des femmes et des hommes des sociétés civiles de l’Est qui ont eu le courage de prendre les plus grands risques pour conquérir leur liberté. La dissuasion nucléaire n’a joué aucun rôle dans la chute de l’empire soviétique.

La dissuasion nucléaire n’arrête pas le terrorisme

La dissuasion nucléaire n’offre aucune défense contre une attaque terroriste. Au contraire, il existe de réelles probabilités pour qu’un État nucléaire soit jugé comme un acteur majeur auquel incombe la responsabilité du désordre du monde et que, de ce fait, il soit jugé comme une cible potentielle par des groupes terroristes.

Des armes non seulement inutiles, mais nuisibles

Les armes nucléaires ne servent à rien non plus
- pour combattre le crime transnational, les paradis fiscaux
- pour prévenir les conflits ethniques et religieux,
- pour arrêter la guerre cybernétique. Par les dépenses qu’elles occasionnent au détriment de causes vitales et urgentes (lutte contre la faim, la misère, la maladie, l’exclusion, l’analphabétisme, etc.), elles engendrent l’instabilité et l’insécurité.

Quelques paroles de responsables politiques sans langue de bois…

« Dans le monde d’aujourd’hui, les armes nucléaires ne sont d’aucune utilité pour faire face aux menaces contre la sécurité. (…) Si elles servent à quelque chose, c’est à diminuer la sécurité de tous les États, y compris de ceux qui les possèdent. (..) Les armes nucléaires engendrent l’instabilité et l’insécurité. Elles accroissent le sentiment d’injustice. » Le représentant du Brésil à la 8ème conférence d’examen du TNP, New-York, 3 mai 2010

« La pérennité de dispositifs de défense basés sur l’arme nucléaire revient en fait à continuer de jouer de façon irresponsable avec le futur de l’humanité. (…) L’arme nucléaire est à la fois inutilisable, immorale et illégale. » Micheline Calmy-Rey, ministre des Affaires étrangères de la Suisse, 8ème conférence d’examen du TNP, New- York, 3 mai 2010

La dissuasion nucléaire est dangereuse
- à cause de la prolifération dans le monde ;
- à cause des risques d’accidents.

Par exemple, un responsable du Pentagone a révélé, le 27 octobre 2010, que l’armée américaine avait perdu le contact, quatre jours plus tôt, pendant 45 minutes, avec 50 missiles nucléaires balistiques intercontinentaux d’une portée de 5 500 km. Une panne informatique est à l’origine de cet incident… (1)

(1) Le Monde daté du vendredi 29 octobre 2010

La dissuasion nucléaire bafoue la démocratie Par sa structure même, la dissuasion nucléaire implique la démission des citoyen(ne)s qui abandonnent leur destin à la seule décision du Président de la République. Par les pouvoirs qu’elle confère au Chef d’État, l’arme nucléaire instaure de facto une monarchie absolue de droit divin qui écarte et éloigne le peuple de décisions qui concernent son existence. De même que Louis XIV, le Roi Soleil, disait : « L’État, c’est moi », François Mitterrand a pu dire : « La bombe atomique, c’est moi » [1]

[1] Intervention de F. Mitterrand sur la politique de défense de la France, 5 mai 1994.

La dissuasion nucléaire est un gouffre financier Elle engloutit des sommes gigantesques. Le coût de l’arsenal nucléaire français de 1945 à 2010 est estimé à 228,67 milliards d’euros. [1] La France a effectué 210 essais nucléaires, dont 146 en Polynésie, et doit maintenant indemniser les victimes…

[1] Brunot Barillot, Audit Atomique, Centre de documentation et de recherche sur la paix et les conflits (CRDPC)

Alors que la société démocratique doit être défendue contre les dangers qui la menacent…

Aucun peuple ne peut se passer d’une défense qui assure sa sécurité. Mais les menaces réelles et nouvelles qui pèsent sur nos sociétés ne sont plus le déferlement d’unités armées poursuivant des objectifs de conquête ou d’asservissement. Elles sont d’une toute autre nature : le fanatisme, l’intégrisme religieux, le terrorisme, les crises pétrolières, alimentaires, économiques ou écologiques, le délitement de la société minée par le chômage, etc.

… la dissuasion nucléaire démobilise la population au sujet de sa défense

Comme naguère la ligne Maginot face au nazisme, le risque principal de la dissuasion nucléaire, est de démobiliser la population au sujet de sa défense, et de la laisser complètement démunie en cas de crise ou d’agression, d’où qu’elle vienne.

L’improbabilité du désarmement nucléaire multilatéral

Le traité de non prolifération (TNP) introduit de manière discriminatoire un déséquilibre dans les rapports entre les États. Il exige que les États non nucléaires renoncent à acquérir l’arme nucléaire alors même que les États nucléaires (USA, Russie, GB, France, Chine) n’ont pas renoncé à les posséder.

Les États nucléaires qui ne l’ont pas signé (Inde, Israël, Pakistan) ne subissent pas la menace de sanctions.

Corée du Nord, Arabie saoudite, Iran, Syrie possèdent ou peuvent posséder l’arme nucléaire. L’Allemagne et le Japon, géants économiques et politiques, n’ont pas l’arme nucléaire… Le Brésil et l’Afrique du Sud y ont renoncé et s’en portent mieux…

La France poursuit la course aux armements

Le Traité d’Interdiction Complète des Essais nucléaires (TICE), signé par la France en 1998, vise l’interdiction universelle des essais nucléaires. Or la France poursuit le programme Laser Mégajoule qui permettra d’atteindre en laboratoire des conditions thermodynamiques (densité, pression, température) similaires à celles rencontrées lors d’un essai nucléaire.

La mauvaise foi de la France

De même, le programme de construction de 60 missiles balistiques intercontinentaux M-51 destinés à remplacer les missiles M-45 de la Force océanique stratégique (FOST) et le missile de croisière ASMP-A (Air Sol Moyenne Portée Amélioré) de la composante nucléaire aéroportée ne respectent ni l’esprit ni la lettre de l’article VI du TNP. Derrière toutes ces décisions se profile l’emprise des lobbies de l’industrie d’armement sur les décideurs politiques.

« Un discours faussement rassurant »

La force nucléaire totale de la France (dont la moitié est en état d’alerte) c’est environ 2000 bombes comme celle d’Hiroshima (et Hiroshima c’est plus de 200 000 morts), de quoi tuer des centaines de millions d’êtres humains… « La politique actuelle est celle d’un refus obstiné du désarmement nucléaire, justifié par un discours faussement rassurant et qui fournit des arguments à tous les proliférateurs ». Michel Rocard, Le Monde 4 mai 2010

« La guerre nucléaire finira pas éclater »

« Tant que les grandes puissances conserveront l’arme nucléaire, (…), d’autres pays voudront l’acquérir. La guerre nucléaire qui faillit se produire par exemple entre l’URSS et les États-Unis en octobre 1962 (crise de Cuba) ou entre l’Inde et le Pakistan au printemps 2003 (crise du Cachemire), finira par éclater quelque part et ne s’arrêtera pas aux frontières des premiers belligérants. » Eva Joly et Jean-Marie Matagne, Pour un monde sans armes ni centrales nucléaires - Sortir du nucléaire civil ne suffit pas, juin 2011

La « mentalité nucléaire »

Le plus grave, et donc le plus inquiétant, c’est le triomphe de la « mentalité nucléaire » qui inhibe la conscience des citoyens. Ceux-ci ont perdu toute faculté d’indignation devant le fait que l’ingéniosité de l’homme se pervertit dans la fabrication d’armes de destruction massive.

La défaite de l’intelligence

L’existence même de l’arme nucléaire consacre l’échec de toutes les morales, de toutes les philosophies, de toutes les spiritualités, de toutes les sagesses, de toutes les religions. La dissuasion nucléaire est la défaite de la raison, la défaite de la pensée, la défaite de l’intelligence.

« Dernier degré de sauvagerie »

Le 8 août 1945, deux jours après l’explosion de la bombe atomique sur Hiroshima, un jour avant qu’une seconde bombe ne soit lancée sur Nagasaki, Albert Camus écrit dans Combat « La civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. (…) Ce n’est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l’ordre de choisir définitivement entre l’enfer et la raison »

[1] Albert Camus, Actuelles, Chroniques 1944-1945, op. cit., p.82.

« La barbarie polytechnique »

Dans les dernières années de sa vie, Georges Bernanos n’a cessé de protester contre la bombe atomique. « La civilisation de la bombe atomique » est intolérable et, face à elle, l’homme raisonnable ne peut qu’opposer l’objection de sa conscience : « À un monde de violence et d’injustice, au monde de la bombe atomique, on ne saurait déjà plus rien opposer que la révolte des consciences, du plus grand nombre de consciences possible » [1]. En octobre 1946, il écrivait encore : « La barbarie polytechnique menaçante n’a plus devant elle que des consciences » [2].

[1] Georges Bernanos, Français si vous saviez, Paris, Gallimard, 1961, p.127.

[2] Ibid., p.211

Une double aliénation de l’homme moderne

En réalité, la croyance dans l’arme nucléaire se fonde irrationnellement dans la confiance qui nous a été inculquée par la civilisation moderne dans la Technique et dans l’État. Pour renoncer à la bombe, il faudrait que l’homme d’aujourd’hui ait le courage d’oser se libérer de cette double emprise qui le rend inconscient et irresponsable. En définitive, l’arme nucléaire est une idole, celles et ceux qui lui rendent un culte sont des idolâtres.

Voir en ligne : Le diaporama complet...

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